De retour du côté de l’Europe où le Danemark était à l’honneur avec deux productions mettant la barre très haut. Avec légèreté d’abord et la bonne surprise At World’s End. Mis en scène par l’acteur primé et donc également cinéaste Tomas Villum Jensen et scénarisé par Anders Thomas Jensen (aucun lien de parenté entre les deux), cette ambitieuse super production filmée à travers le Monde (Danemark, Australie et Asie du sud-est) est un petit bijou de comédie d’aventure comme on n'en voit que trop rarement, digne descendant des meilleurs représentants du genre et qui ravira à n’en pas douter tous ceux qui ont grandit en admirant les exploits du Docteur Jones. Les acteurs sont au diapason, en particulier le couple mal assortit formé par l’introverti Nikolaj Lie Kaas et l’exubérante Brigitte Hjort Sorensen, et le scénario se révèle un savant mélange d’action et d’humour – un humour qui se permet d’enfreindre joyeusement le politiquement correct comme aucun film hollywoodien n’aurait osé le faire. Ajoutez à cela une superbe affiche, entièrement dessinée dans le plus pur style eighties, et vous tenez là l’une des toutes meilleures comédies d’aventures de ces dernières années. On aurait tort de s’en priver.

WorldEnd1

Beaucoup plus sombre et désespéré, Deliver Us From Evil est une brillante réinterprétation du classique (le parallèle est inévitable) Les Chiens de Paille, qui ajoute à la situation initiale du chef d’œuvre d’ambiguïté de Peckinpah (un père de famille calme et pacifiste se retrouve obligé de protéger son foyer de l’assaut d’un groupe de personnes extérieures belliqueuses) une réflexion sociale et un background bien plus dense. Là où les villageois de Peckinpah n’étaient que des archétypes strictement malfaisants, les habitants de la petite ville sans histoire où se déroule  Deliver Us From Evil sont quand à eux des personnages centraux aux affects complexes et aux motivations troubles. Le scénariste et réalisateur Ole Bornedal (Le Veilleur de Nuit) s’enfonce très loin dans cette autopsie de la névrose qui sommeille en chacun de nous, de la sauvagerie et de la lâcheté qui sont prêtes à se déchaîner dès lors que la situation dérape. Venus pour lyncher un sans-papier qu’ils croient responsable de la mort d’une vieille femme, emportés par l’effet de groupe et le démon cité dans le titre, les habitants de la petite ville vont rapidement détourner leur haine aveugle sur la famille qui tente tant bien que mal de protéger celui que tout un chacun devrait présumer innocent, et cet engrenage infernal de se conclure dans un final tragique et barbare. Un film très fort qui vomit son dégoût de la haine ordinaire, qu’elle soit de nature xénophobe ou tout simplement larvée au plus profond des conflits sociaux et familiaux, et fait le portrait d’une société au bord du chaos. Magnifiquement filmé et interprété (la casting est parfait), Deliver Us From Evil réalise l’exploit de réinterpréter un thème déjà vu en lui insinuant suffisamment d’originalité et de contenu pour, à son tour, devenir un classique.

D’ores et déjà primé plusieurs fois sur la scène internationale, l’énigmatique 1 du hongrois Pater Sparrow en aura sans doute laissé plus d’un songeur. Etrange long-métrage qui concentre une intrigue éclatée autour de l’apparition mystérieuse d’un livre supposé contenir quelques vérités trop dangereuses, ce film alambiqué plonge un peu trop loin dans la bizarrerie sans parvenir à se maintenir à flot d’une intrigue volontairement abstraite. On peine à véritablement s’intéresser aux personnages principaux de cette œuvre scientofico-philosophique et on finit par s’ennuyer assez fermement en attendant que le tout se conclue, sans plus vraiment chercher à comprendre ce qui de toute façon n’est pas fait pour être intelligible. Reste une direction artistique et une photographie superbes mises au service de la construction d'un univers chaotique et claustrophobe, où la réalité et la logique ne sont plus que de vagues et lointains souvenirs.

PaterS3

Enfant difforme d’une Europe décidément tourmentée, The Human Centipede (First Sequence) du hollandais Tom Six arrivait à Fantasia précédé d’une solide réputation de bête de festival : l’acteur principal Dieter Laser, véritable gueule de cinéma, ayant remporté le prix du Meilleur Acteur au Fantastic Fest d’Austin et l’œuvre ayant été élue Meilleur Film du dernier Screamfest de Los Angeles. Il faut dire que le pitch de ce film avait de quoi mettre la puce à l’oreille des spectateurs les plus aventureux, le centipède humain dont il est question n’étant rien de moins que le résultat d’un expérience monstrueuse et contre-nature visant à réunir physiquement plusieurs êtres humains – pas du tout consentants bien évidemment – par l’intermédiaire de leur système digestif. Dégeu vous dites ? Attendez de voir le film. Filmé dans une haute définition clinique, le long-métrage de Tom Six (qui en est aussi le scénariste) est un thriller malsain, véritable ovni qui fait se rejoindre les préoccupations chirurgicales d’un Cronenberg avec un sadisme assumé. On regrettera que le film soit plombé par un scénario bien trop linéaire et surtout qui comporte des rebondissements vraiment trop improbables, le plus souvent à des moments clés de l’histoire. Une œuvre aussi extrême aurait sans doute mérité une structure plus solide. Le pire dans tout ça ? C’est peut-être  que Tom Six a d’ores et déjà précisé que la mention « first sequence » du film indiquait tout naturellement qu’il a déjà une suite en tête, et qui dit séquelle (le terme ne pourrait mieux convenir) dit augmentation du nombre de victimes destinées à devenir une partie d’une créature monstrueuse et pathétique. On n’ose à peine imaginer la boucherie.

Beaucoup plus léger mais tout autant marginal, le Norvégien Fatso reste quasiment inconnu hors des frontières de son pays, dans lequel il a pourtant remporté un fort succès. Le film de Arild Fröhlich narre les mésaventures de Rino (un Nils Jorgen Kaalstad parfait dans un rôle qui fait tout sauf le mettre en valeur), dont le surnom – qui donne aussi son titre au film – fait référence au sérieux embonpoint qui lui gâche la vie. Rino, embourbé jusqu’au cou dans une vie solitaire et une timidité anxiogène, évacue sa frustration à travers une passion envahissante pour la pornographie et une tendance frénétique à la masturbation chronique. Lorsqu’il se voit obligé de partager son appartement avec une étudiante suédoise, on anticipe déjà les dommages collatéraux, surtout lorsque cette dernière se révèle être la très attirante et débridée Malin (Josefin Ljungman). Drôle, mais surtout très subtil dans son approche de thèmes pour le moins casse-gueules, le film de Fröhlich se révèle une délicate comédie qui évite de tomber dans le sentimentalisme ou la vulgarité. Les personnages, tous plus perturbés les uns que les autres, sont au contraire montrés dans toute leur fragilité et cette mise en scène discrète mais efficace termine de faire de Fatso un film à l’honnêteté rare qui nous dit que les plus marginaux sont souvent, finalement, les plus riches des personnages.

Fatso1

Le festival Fantasia présentait également l’ibérique [rec.]2 en première montréalaise. Rien de nouveau sous le soleil pour cette suite qui ressemble plus à un tour de train fantôme qu’à un véritable film et recycle sans génie la formule gagnante qui a permis de faire du premier un film culte malgré un aspect définitivement gadget. Chercher une logique narrative dans cet enchaînement de gimmicks serait une tâche bien vaine et s’appesantir plus longtemps sur le film de Jaume Balaguero et Paco Plaza représenterait probablement une perte de temps. On attendra donc qu’il se remettent au travail avec un peu plus d’inspiration avant de reparler d’eux.   

Grosse déception sur le front francophone avec la co-production franco-belge La Meute, qui arrivait pourtant avec les promesses d’une sélection cannoise et d’un casting haut de gamme emmené par Yolande Moreau et Emilie Dequenne. Malheureusement, Franck Richard ne tire pas partie de cette belle distribution et ne donne pas suffisamment de dialogues intéressants à ses acteurs pour leur permettre de briller. Le résultat est un film qui devient vite ennuyeux et poussif, ne semble rien raconter et échoue dans ses ambitions horrifiques. Sans doute trop influencé par ses modèles américains, Richard tente en vain d’importer des clichés du pays de l’Oncle Sam (les motards malveillants, la taverne paumée type western et la routarde qui va inévitablement tomber sur un os) dans les décors naturels pourtant glauques à souhait d’une Belgique grise et boueuse. Mais voilà, la recette ne passe pas l’océan et ce film qu’on avait pourtant bien envie d’aimer ne parvient pas à stimuler les sens du spectateurs. On retiendra malgré tout la magnifique photographie de Laurent Barès, qui crée une ambiance poisseuse en parfaite adéquation avec les références seventies auxquelles le film rend hommage. Dommage que le reste peine à suivre.

LaMeute1

La suite de l'article bientôt...

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir