A l'origine de Brawler, l'excellent inédit signé Chris Sivertson, il y a une rencontre : celle du cinéaste avec l'acteur Nathan Grubbs, élevé à la Nouvelle-Orléans et très impliqué dans la scène cinématographique locale. Non content de participer à la création de l'histoire et de tenir le rôle de Charlie Fontaine, Nathan Grubbs a également co-produit le projet, entièrement tourné dans la ville chère à son coeur. Rencontre avec ce personnage attachant, où il est question de la genèse de Brawler, de traditions et bien sûr... de la Nouvelle-Orléans ! 

 

D'où vient l'idée de Brawler ?

A l'origine il s'agit d'une vieille légende du folklore que mon père a dû me raconter quand j'étais gamin. A propos de deux frères de la Nouvelle-Orléans qui étaient boxeurs traditionnels dans les années 50 et se sont retrouvés impliqués dans des combats illégaux à bord de bateaux amarrés aux ports des quais de la ville.

Et la boxe était un sujet qui, en soi, t'intéressait ?

J'ai toujours respecté ce sport, et j'ai grandi en le pratiquant chaque été.

C'est donc un milieu qui t'était familier.

Oui, la Nouvelle Orléans a une histoire très riche en ce qui concerne la boxe. On a ajouté les MMA (Mixed Martial Arts, en français « combat libre », ndt.) au film pour remettre un peu le sujet dans l'air du temps.

Tu parles de folklore, mais existe-t-il des combats clandestins en Louisiane ?

Oui, ces combats existent bel et bien.

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L'idée de situer les combats sur un bateau marche très bien à l'écran. Avez-vous réellement tourné dans des bateaux ?

Non, on a construit un bateau fictif dans un entrepôt pour figurer l'intérieur d'un bateau réel. Filmer les combats dans un véritable bateau aurait couté trop cher. En revanche, nous avons utilisé le bateau original pour les séquences en extérieur et certaines scènes plus intimistes.

T'es-tu beaucoup entraîné physiquement pour le rôle ?

Bien sûr. Pendant un an je me suis entraîné au Wildcard Gym de Los Angeles puis avec des entraîneurs locaux, à la Nouvelle-Orléans. J'ai fait du jiu jitsu brésilien, aussi.

Tu as produit et joué dans deux long-métrages situés à la Nouvelle-Orléans, ainsi qu'un court-métrage sur Jean Lafitte, légende de la Louisiane. De toute évidence tu es très attaché au développement de l'industrie film de cette ville. Qu'a-t-elle de si spécial ?

La raison première est certainement que j'en suis originaire. La plupart des bons réalisateurs ou écrivains racontent ce qu'ils connaissent, ce qu'ils ont expérimenté. La Nouvelle-Orléans est un endroit plein d'âme, avec une histoire riche et très variée.

A un moment dans le film, le terme d'argot local « coonass » est littéralement explicité. Pourquoi avoir éprouvé le besoin de l'expliquer à l'intérieur du film ?

En Louisiane, c'est l'argot pour désigner une personne Cajun. La raison de cette précision (cela apparaît écrit sur l'écran...) est simple : durant les premières projections test du film, tout le monde nous demandait ce que pouvait bien vouloir dire « coonass ». Parfois, faire une private joke dans un film en laissant le spectateur de côté n'est pas une bonne chose.

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L'immeuble dans lequel s'entraîne votre personnage avant le combat est un lieu superbe. Est-ce une vraie salle d'entraînement ?

Oui, il s'agit du deuxième plus vieux club de sport du pays. Beaucoup de grands athlètes s'y sont entraînés, c'est une salle historique.

Beaucoup de séquences se situent dans des endroits à moitié ou complètement détruits. Est-ce en référence à l'ouragan Katrina et à l'état dans lequel il a laissé la ville ?

Cet état est représentatif de la Nouvelle-Orléans aujourd'hui, c'est comme ça. Mais nous ne faisons directement référence à Katrina à aucun moment, et jamais ce n'est le sujet du film.

Il y a un grand sens de la tradition et de la filiation dans Brawler. Tout comme la Nouvelle-Orléans, les deux frères partagent une identité forte et essaient de vivre en accord avec la légende de leur père. C'est intéressant puisque ceci, comme la figure du vieillard interprété par Michael Bowen et le combat final entre les deux frères, correspond aux codes du film de boxe. Ce parallèle entre les personnages et leur ville était-il conscient ?

Tu as parfaitement raison. Charlie et Bobbie représentent la Nouvelle-Orléans, ils incarnent chacun l'une des faces d'une même pièce, la lumineuse et la sombre. Je te laisse choisir qui incarne quoi (rires). Rex Baker, joué par Michael Bowen, représente clairement l'aspect traditionnel de la ville, et il a fait un boulot extraordinaire.

La manière dont vous dépeignez les Cajun et les coins sombres de la Louisiane m'ont fait penser à l'écrivain James Lee Burke et son personnage récurrent, Dave Robicheaux. Est-ce que tu connais ? Le film est-il influencé par des écrivains du sud ?

Je ne connais pas très bien ses livres, en ce qui me concerne. Mais il faut définitivement que je m'y penche. La peinture des Cajun que je propose est simplement celle qui me vient de ma propre famille. J'ai grandi avec un père qui m'appelait assez souvent coonass.

A quoi ressemble le travail avec Chris Sivertson et Marc Senter ? Comment as-tu vécu la collaboration avec ces deux comparses qui travaillent ensemble depuis un moment ?

C'était une expérience géniale. Je connais Marc depuis longtemps via les cours d'art dramatique, et Chris depuis un certain nombre d'années également. Je pense que chacun d'entre nous voulait accomplir quelque chose de différent, et le timing a été parfait pour qu'on l'accomplisse ensemble.

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Comment s'est passée l'écriture avec Chris ? Et votre collaboration en tant que producteur, scénariste et acteur ?

Chris et moi avons collaboré sur le récit, puis il a écrit le scénario lui-même. Pour ce qui est de travailler en tant qu'acteur et producteur en même temps, ça peut constituer un challenge. Parfois tu as l'impression de trop t'éparpiller et ne pas être aussi productif que tu le souhaiterais. Ceci étant dit, on a tous donné le meilleur de nous-même et je considère que nous avons fait un bon film. Être l'acteur de Chris est très chouette. Il est très malin, intuitif, et sait clairement comment raconter une histoire.

Et comment as-tu travaillé avec Marc ? Comment avez-vous construit ensemble la relation entre les deux frères ?

On s'est complètement éclatés, à se haïr l'un l'autre. J'ai vécu dans une maison avec Marc et sa sœur pour préparer ce rôle. On s'est bien amusés, et nous sommes certainement comportés comme des frères.

Peux-tu nous dire quelques mots à propos de votre partenaire féminine, Pell James ?

C'est une actrice excellente et très expérimentée. Elle m'a beaucoup appris, et l'entente a été parfaite. L'été durant lequel le tournage a eu lieu était très chaud, et il arrivait qu'après une nuit de travail, Pell offre à l'ensemble de l'équipe une tournée de daïquiris. Si le tournage fut aussi fun, elle n'y est clairement pas étrangère !

Peux-tu nous parler un peu de l'importance dans le film de la musique locale ?

Elle est très importante pour son intégrité. Chris et Tim Rotelle ont fait un très bon boulot dans le choix de la musique.

Etait-elle un élément important du film dès le stade du scénario ?

En travaillant sur le récit, je n'ai pas vraiment pensé à une musique particulière. Chris a très bon goût en matière de musique indé et a sélectionné la plupart des chansons lui-même.

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En tant qu'originaire de la Nouvelle-Orléans, tu n'as pas été impliqué dans le moindre choix musical ?

Les seuls musiciens que j'ai intégrés dans le film sont les Lost Bayou Ramblers. On a vu ce groupe avec Chris pendant qu'on développait le scénario et qu'on faisait du repérage à la Nouvelle Orléans. On les a rencontré une nuit après un concert, bu des bières ensemble... Peu de temps après je leur demandais s'ils voulaient jouer dans le film.

Quels sont tes projets ?

Je produis et joue dans un film qu'on développe actuellement et qui sera un « thriller Américain » qui se passera... à la Nouvelle-Orléans !

Propos recueillis par Pierre Nicolas

Traduits par Julien Oreste

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