Découvert au Marché du Film à Cannes au printemps derneir, Cheap Thrills fait depuis le tour des festivals du monde entier, d'où il repart systématiquement auréolé d'un très bon succès d'estime dans le pire des cas. Dans le meilleur (comme au PIFFF en novembre dernier) il repart avec le grand prix. Si l'on vous a déjà dit ailleurs sur le site du bien qu'on pense du film, il nous a semblé important de revenir, avec ses principaux instigateurs, sur ce film symptôme multiple d'un cinéma de genre soucieux de nous faire quitter les mornes plaines du torture-porn, de briller loin des gros studios et de cracher à la face du monde tout le mal qu'il en pense. Après l'acteur érudit Pat Healy, le scénariste hargneux David Chirchirillo, c'est au réalisateur furieux E.L. Katz de nous parler de son premier film en tant que réalisateur, après de multiples scénarios pour Adam Wingard ou Adam Gierash...

 

Salut Evan ! Commençons simple : comment as-tu commencé dans le cinéma ?

Au départ j'étais journaliste sur le website Creature-Corner.com. Le diplôme de l'école de cinéma que j'ai fréquentée avec Adam Wingard en poche, je me suis dit qu'on devrait tourner un petit film gore à petit budget. Au final, ç'a été Home Sick.

Penses-tu que ton passé de journaliste (pour Fangoria notamment) t'a construit en tant que cinéaste ?

Certainement. A cette époque-là j'ai vu tellement de films que j'ai commencé à avoir une certaine compréhension instinctive de ce que pouvaient être la forme et la structure d'un film de genre.

Comment t'es-tu retrouvé producteur du Mortuary de Tobe Hooper ?

J'ai rencontré le producteur de son Toolbox Murders et lui ai dit que je voulais devenir moi-même un producteur de films d'horreur. Il m'a dit que c'était simple, à condition de trouver de l'argent. Alors j'en ai trouvé.

Comment as-tu rencontré Trent Haaga ?

Par T.J. Nordaker, un bon ami à moi qui a réalisé un chouette film gore à petit budget appelé The Janitor. J'ai trouvé Trent très drôle, cool, créatif, et j'ai adoré son boulot sur Deadgirl. Donc quand j'ai commencé à chercher du matos, c'est l'une des premières personnes vers lesquelles je me suis tourné. J'ai lu ce qui était alors la base de Cheap Thrills et ai trouvé l'idée incroyable, tout en me disant que ce serait parfait pour moi, pour un premier film en tant que réalisateur.

As-tu travaillé avec David Chirchirillo sur la réécriture du scénario ?

Oui, on a fait un gros travail commun. Une fois que c'était finalisé, on s'est penché sur les acteurs.

Y a-t-il eu des changements entre le script et le film tel qu'on peut le voir aujourd'hui ?

Pratiquement aucun, non. On n'a vraiment pas eu le temps de tourner autour du pot, il fallait y aller et réussir à tourner ce dont on avait besoin.

Avant ça tu as écrit plusieurs films, pourquoi passer à la réalisation d'un film que tu n'as pas écrit toi-même ?

C'est pas mal aussi d'avoir un peu de distance avec ton sujet. Quand j'écris mes propres trucs, je focalise et j'explore mon récit en tant que pur scénariste, je ne le vois pas vraiment comme un réalisateur le verrait. Je ne le « dirige » pas mentalement.

Evan  Trent

Et inversement, Trent et David sont réalisateurs aussi. T'ont-ils aidé pendant le processus ?

Non, ils ne m'ont pas particulièrement donné de conseils. Ils croyaient en moi, et ont adoré le résultat.

Comment as-tu choisi les acteurs ? Le fait que Sara Paxton et Pat Healy aient déjà tourné ensemble (pour Ti West) a-t-il influencé ce choix ?

Je suis un gros fan de Pat depuis que j'ai vu dans tous ses films indépendants, particulièrement le Great World of Sound de Craig Zobel. Sara était très bien dans le remake de La dernière maison sur la gauche (de Dennis Iliadis, ndt.). Je n'ai jamais vraiment pensé à ces retrouvailles avant que les gens ne m'en parlent. Enfin, ce qui était vraiment génial, c'est qu'ils avaient de l'expérience, ce qui a rendu les choses plus faciles sur le tournage.

Quel en était le budget et combien de temps a pris le tournage ?

Le budget s'est élevé à 100 000 dollars, pour un tournage de 14 jours.

Y a-t-il eu des choses particulièrement difficiles à mettre en images ?

TOUT. On n'avait pas d'argent, et pas de temps.

Quelles étaient tes influences ?

Ben Wheatley, les premiers Nicholas Winding Refn, Tobe Hooper et William Friedkin.

Le film joue à la fois sur le réalisme (unité de temps, de lieu) et une outrance totale. Pour toi, un film d'horreur doit passer par un certain réalisme ?

Il y a tellement de films d'horreur différents, qui marchent selon leurs propres règles. J'adore le film d'horreur en général, donc j'aimerais tout aussi bien réaliser un film comportant des éléments surnaturels. L'esthétique et l'approche doit correspondre au projet de départ, c'est tout.

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Le discours du film est très sombre, son accueil extrêmement enthousiaste n'est-il pas un peu surprenant ?

Ah si, c'est dingue que les gens l'aient accepté à ce point, c'est une surprise incroyable. J'ai tendance à être un type assez cynique, donc j'ai vécu ça comme quelque chose de fou.

Plus généralement, penses-tu que les gens ont besoin de revenir à une horreur discursive après une décennie de torture-porn et d'horreur posée comme pur système attractif ? Doit-on requestionner notre rapport à la violence au cinéma ? Cheap Thrills semble poser aussi cette question.

Difficile à dire, je trempe littéralement dans un cinéma violent, profondément. Je pense que ce à quoi je m'oppose franchement, c'est plutôt ces divertissements qui nous abrutissent en nous présentant de véritables êtres humains en train de souffrir. Il n'y a rien de plus misanthrope que la télé réalité, et il n'y a même pas les atours d'un film d'action ou d'horreur.

Y a-t-il des idées présentes originellement dans le scénario, qui n'ont pas été tournées ou montées parce que vous aviez l'impression d'aller trop loin ?

Deux trois trucs, comme une femme enceinte qui se fait exploser la tête. On s'est dit que ça ferait seulement sortir le spectateur du film.

Cheap Thrills a été sélectionné dans de nombreux festivals partout dans le monde, et a gagné plusieurs prix. Est-ce que ça aura une influence sur sa sortie en salles ?

Je crois qu'on aura entre 12 et 15 écrans aux Etats-Unis.

On a vu que tu étais présent dans les remerciements dans le générique de fin du House of The Devil de Ti West.

Je l'ai rencontré la première fois que je suis allé à Los Angeles. On a traîné ensemble, avons parlé de plusieurs idées de films qui nous trottaient dans la tête. D'une certaine manière je l'ai aidé à rassembler certaines de ses idées.

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Aujourd'hui, on peut tracer des lignes entre un grand nombre de cinéastes californiens et trouver une connexion. Adam Wingard, Adam Gierash, Lucky McKee, Chris Sivertson, Trent Haaga, James Gunn... De loin, on peut avoir l'impression que tout le cinéma de genre indépendant en Californie n'est que le résultat d'une immense scène.

Au bout du compte, L.A. est une petite ville, et si tu bosses dans le cinéma de genre tu en viendras vite à connaître tout le monde. Et puis le système des festivals de films cimente encore plus ce réseau. Ce qui peut être une bonne chose.

Tu as écris des films très différents pour différents réalisateurs. Quand tu écris, c'est à chaque fois pour un metteur en scène spécifique ?

Les réalisateurs ont tendance à demander des choses spécifiques, oui. Donc tu tailles ta pièce en fonction de ce qu'ils demandent.

Comment s'est passée l'écriture à six mains d'Autopsy ?

J'en ai écrit une version, puis les deux autres ont retravaillé dessus en m'écrivant. Je leur répondais, ils continuaient, etc. Jusqu'à ce qu'on considère le film prêt à être tourné.

J'aime bien ce film qui commence comme un slasher et évolue comme un film de Brian Yuzna.

Ce n'est pas anodin, oui !

Aujourd'hui, des choses te plaisent dans le cinéma de genre ?

J'aime beaucoup Big Bad Wolves, Blue Ruin, The Conjuring, Simon Killer...

Peux-tu nous parler de ton segment d'ABC's of Death 2 ?

Ce sera un court d'action. Par ailleurs, j'ai écrit un film qui s'appelle The Unholy, que produira Jaume Balaguero, mais ils en sont à chercher un réalisateur, je crois. Sinon, j'ai deux projets avec le producteur de You're Next : une histoire vraie criminelle, et un film de braquage sous forme de comédie noire que je co-écris avec Pat Healy.

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