Premium Rush (USA – 2012)

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David Koepp est un personnage étrange. Pur produit hollywoodien en forme de machine à fabriquer du scénario adapté (on lui doit l'excellent script du premier Spider Man de Sam Raimi, ceux de Snake Eyes et du Mission: Impossible de Brian De Palma, du Jurassic Park de Steven Spielberg...) il mène en parallèle, depuis une bonne quinzaine d'années, une carrière de réalisateur plus (Hypnose) ou moins (Fenêtre secrète) convaincant.

Premium rush

Avec Premium Rush, le scénariste surprend en livrant son film le plus formaliste à ce jour. Tout ici est prétexte à un défilé de courses poursuites dont le systématisme fait tendre le long-métrage vers le film concept: les courses poursuites ne s'effectueront qu'à vélo, que chevauchera invariablement Joseph Gordon Levitt, dans le rôle de Wilee (clin d'oeil à Bip-Bip et Vil Coyote, cartoon auquel le film emprunte certains ressorts pour les transposer dans le régime du film d'action), que la partie de chasse se joue avec une voiture, un piéton ou un autre cycliste. Le scénario se contente d'aligner les possibilités de courses à vélo, ses péripéties ne leur servant que de tremplin: une sous-intrigue se clot, de manière minimale, lorsqu'un personnage (le flic à vélo) se fait subtiliser son véhicule à deux roues et décide ainsi d'arrêter les frais. Quintessence de la péripétie type de Premium Rush: Wilee troque son vélo de VTT contre un bicross. S'enclenche alors une séquence de trial, que le scénario a engendré pour elle-même, sans d'autre fin que l'expérience formelle qu'elle propose.

Car tout le film se situe ici: dans une manière ennivrante d'envisager des poursuites urbaines à vélo qui déterminent possiblement de nouvelles formes du cinéma d'action: effets de travellings et composition des cadres créant l'illusion de vitesse des vélos, jeux perpétuels avec l'environnement chargé de la métropole... A tout ceci s'ajoue de multiples plans soumis à des variations (lorsque Wilee voit défiler devant lui les différents chemins qu'il pourrait emprunter sans trop risquer de se faire renverser ou de heurter quelqu'un) et une nervosité (voire une hystérie) du jeu des acteurs (Michael Shannon est surprenant dans un rôle de bad cop très comics).

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Notre héros, à l'image du Stuntman Mike de Boulevard de la mort, n'existe qu'avec son vélo. A pied ou, pire encore, immobile, il n'a plus aucune raison d'être. Il meurt. Ce qui arrive presque littéralement dans l'ambulance où, en piteux état, il ne réclame que son vélo, la deuxième moitié de ce centaure moderne.

L'une des excellentes idées de Premium Rush est sa volonté de s'inscrire, avec ses propres moyens et un très appréciable mélange d'ambition et d'humilité, dans la lignée du film d'action hollywoodien dans ce qu'il a de plus séminal (le western) ou de plus incroyable (le clin d'oeil amusant à Police fédérale, Los Angeles de William Friedkin, lorsque Wilee roule à contresens).

On objectera ainsi aux détracteurs du film, qui considèrent qu'il ne raconte rien, qu'il raconte au moins ceci: la réappropriation d'un genre au service d'une recherche de formes nouvelles capables de le nourrir. Ce qui n'est pas rien.

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