Hello, My Dolly Girlfriend (Japon - 2013)

Réalisation/Scénario : 

Interprétation :  | voir le reste du casting

 

Réalisé par un vétéran du genre, le cinéaste-mangaka Takashi Ishii (Gonin, Flower And Snake), Hello, My Dolly Girlfriend ressemble malheureusement à ce que le pinku-eiga peut offrir de pire. Adaptation du propre livre d’Ishii, le film débute avec Kentaro, jeune employé de bureau qui se fait humilier à longueur de temps par ses patrons, sans jamais oser répliquer. Sa frustration se déporte sur le rapport qu’il entretient avec les femmes et, dans un club de strip-tease, il imagine comment il pourrait à son tour, enfin, soumettre violemment quelqu’un à ses désirs, comme précédemment il rêvait de cinglantes réparties à l’encontre de son patron. Il fantasme donc sur une danseuse et, ivre mort, se voit finalement poussé vers la sortie du club. La soirée dérape et Kentaro se cache dans un étrange débarras rempli de mannequins féminins entassés, au milieu desquels trône ce qui ressemble à s’y méprendre à une vraie jeune femme. Il la ramènera chez lui et, à mesure qu’elle s’anime, il semblerait qu’elle lui serve tout à la fois d’objet sexuel, de vague compagne (un brin amorphe tout de même) et d’ange gardien.

Hello3

Le thème de la femme-objet n’est pas étranger au cinéma de ces dernières années, japonais (Air Doll de Hirokazu Kore-Eda) ou américain (Love Object de Robert Parigi). On peut facilement les intégrer à la galaxie de films exprimant le mal contemporain d’une solitude insoutenable à la fois estompée et renforcée par diverses relations illusoires. May de Lucky McKee, Deadgirl de Marcel Sarmiento & Gadi Harel expriment autant la difficulté d’assumer des rencontres réelles que ces histoires japonaises de living dolls. Sauf que contrairement aux exemples cités, le questionnement ne débouche jamais ni sur le basculement moral de l’objet vers son humanisation ni sur la (plus ou moins) triste victoire du fantasme sur la réalité. Ici, l’attardement de séquences qui se veulent probablement érotiques (on léchouille des seins pendant des dizaines de minutes, on fétichise un érotisme domestique en s’attardant sur Kentaro douchant son « amie » immobile) et l’affirmation finale du fantasme global du personnage annulent tout propos humaniste (alors que le point de départ du film semblait aller dans cette direction) sans condamner quoi que ce soit, et en faisant du spectateur une simple extension idiote de Kentaro.

Le mélange des genres, qui s’affirme en premier lieu comme une progression ludique du film (on passe donc de l’érotisme à l’action grotesque en tenue sexy de Sailor Moon en passant par la comédie musicale), ne sert en fait qu’un nauséeux empilement d’affects qui, nous dit-on au final, se valent tous. On passe ainsi assez banalement d’une sordide séquence de viol à une scène de combat grotesque et tous les prétextes sont bons pour nous faire voir sous la jupe de la pauvre Kokone Sasaki, ce qui n’est pas un mal en soi mais gène sérieusement quand ces prétextes sont traités sur un pied d’égalité. En somme, un viol collectif et une danse aérienne sous un ciel étoilé ont la même valeur. Le tout filmé paresseusement avec une complaisance inouïe (pour moins d’une quinzaine de séquences, le film dure tout de même deux heures) et une absence d’idée permanente. Grand moment de déprime de ce Marché du film.

Hello My Dolly Girlfriend 1

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir