Emergo (Espagne - 2011)

Réalisation : 

Scénario : 

Interprétation :  |voir le reste du casting

 

Il est peu dire que nous n'attendions rien d'Emergo, premier long de Carles Torrens suite aux deux courts horrifiques qui le firent connaitre (voir notre entretien avec Carles). La photographie ornant la présentation du film dans le catalogue était hideuse, et tout laissait penser qu'il ne s'agirait que d'un énième avatar de l'ignoble Paranormal Activity, versant hispano. Heureusement qu'un trou dans notre troisième journée décida une partie de l'équipe de se risquer face à la chose dans la grande salle de l'Espace Lac, tant la surprise fut de taille.

Emergo

Emergo débute lentement par une présentation soignée des forces en présence, le réalisateur saisissant en quelques scènes les lignes de tensions entre ses deux groupes de trois personnes. L'espace clos dans lequel nous allons évoluer, dument balisé par les chercheurs qui en couvrent le moindre recoin de capteurs et de caméras, peut alors commencer à peser. Si Carles Torrens utilise l'esthétique du found footage (angles fixes, grain charbonneux, tremblements, visages en gros plans) il n'oublie pas non plus d'innover visuellement, preuve en est de son utilisation extraordinaire du panoramique – un mouvement d'appareil qui n'avait plus fait aussi peur depuis des lustres. Si les scènes véritablement choc se comptent sur les doigts d'une main, elles sont toutes soigneusement construites et s'intègrent dans un crescendo horrifique qui fait plaisir à voir: le jeune Torrens alterne suspense et fausses pistes ponctuées par de surprenants revirements comme un petit maitre accompli du genre. On est loin du sympathique Grave Encounters, qui dans la lignée de Rec joue lui la carte de la surenchère permanente pour garder éveiller – et avec quel succès – son spectateur: derrière ses oripeaux 21eme siècle, Emergo est un très classique film de possession; en bien moins lourd, osera-t-on le sacrilège, que le canonique L'Exorciste. La peur de la sexualité adolescente, qui sous-tend ce type de films, semble d'ailleurs plus consciente chez Torrens que chez Friedkin, le réalisateur d'origine catalane évitant du même coup le simple déchainement de névroses liées à la perte de la puissance masculine. Un personnage prend en charge cet aspect de la narration, pour en dévoiler peu à peu les affres (talentueux Kai Lennox, qui joue de la fadeur de son physique pendant une heure avant de subitement révéler la puissance de son jeu), s'opposant à un docteur moins caricatural que prévu (Michael O'Keefe).

Emergo, qui aurait pu tendre vers l'abstraction, prouve avec un belle économie de moyens que l'on peut dans le même temps raconter une histoire, certes simple, et faire frémir toute une salle. Face aux fades et très bobo films qui ont fait le nombre dans la sélection, on préfère de loin cette approche du cinéma horrifique, très premier degré, qui accepte un cahier des charges simples et ne se dédouane jamais de ses obligations envers le spectateur. Il faudra sans doute de nouveaux visionnages pour savoir si Emergo résistera à l'épreuve du temps et dévoilera de nouvelles subtilités: en l'état il reste l'un des films les plus honnêtes et bruts du festival, que l'on ne peut que conseiller à quiconque recherche d'abord des frissons lorsqu'il se pose devant un film de genre.

Emergo 2

 

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